Le projet, en bref

Pour remédier aux problèmes d'épuisement des ressources naturelles et d'érosion de la biodiversité, beaucoup placent leurs espoirs dans la science. Mais ne lui accordons-nous pas une trop grande confiance ? Sera-t-elle réellement capable de relever tous les défis ? Pour des penseurs contemporains comme Edgar Morin, le salut de l'espèce humaine ne viendra que d'une métamorphose de la société. Partant du principe qu'une telle métamorphose ne saurait être imposée, le projet "Métamorphose culturelle par la démocratie participative" a pour but de sensibiliser les citoyens, y compris les scientifiques, au travers d'événements participatifs. En savoir plus...

Participez !

Venez découvrir le théâtre participatif proposé par le Lien Théâtre sur le thème de la violence, participer à la Marche non violente organisée par Gandhi international et à bien d'autres évènements à retrouver sur notre agenda.

Donnez-nous votre avis sur le rôle que la science a à jouer face aux problèmes majeurs de nos sociétés, sur la nécessité d'une métamorphose culturelle, sur l'avenir que nous préparons pour les générations futures...

Le projet "Métamorphose culturelle par la démocratie participative"

Le projet s'inscrit dans un contexte sociétal sur lequel il vise à agir et dans la continuité d'actions déjà engagées.

Présentation du contexte

Dans le passé, dans la civilisation occidentale, la nature apparaissait comme un décor hors de question quant à son existence, l’Homme (en tant qu’espèce) étant de droit au monde. Dans ce contexte, la naissance de la science, au XVIIe siècle, à partir de l’Alchimie, mais en rupture avec elle et dans le contexte religieux de la Réforme et de la Contre-Réforme1, se fait CONTRE la nature.

Ainsi, alors que Descartes affirme que « l’homme doit se rendre comme maître et possesseur de la nature », Bacon déclare de son côté, dans le Novum Organum : « La science que nous avons en vue se donne pour fin d’inventer, non des arguments, mais des techniques. Et d’une intention différente il suit un effet différent : là, il s’agit de vaincre et d’enchaîner l’adversaire […] la nature. »

La messe est dite… et la science, la technoscience, gardera jusqu’aux temps modernes la trace profonde de ses origines.

Au XXe siècle, les altérations du milieu naturel, c’est-à-dire le milieu de vie de l’espèce humaine, commencent à devenir évidentes et inquiétantes.

Rachel Carlson, en 1962, avec « Le printemps silencieux »2 lance un cri d’alarme et le mouvement écologiste prend naissance, avec schématiquement, deux branches, l’une, philosophique, basée sur une critique profonde de l’anthropocentrisme3, ou une proposition de refonte ontologique4, l’autre, pragmatique et réformiste, avec la majorité des mouvements écologistes européens.

Ces mouvements ont eu un impact très fort sur la conduite des affaires publiques, même si on peut le juger insuffisant. De nombreux milieux naturels ont pu être préservés, qui auraient disparus actuellement, l’environnement est maintenant un thème incontournable des politiques publiques et des entreprises, même s’il s’agit souvent plus d’affichage que de réalité.

Néanmoins, la destruction de la biodiversité continue de s’accélérer. Le mode réformiste, qui reste nécessaire en transition, n’est plus adéquat. Un changement beaucoup plus radical s’impose maintenant.

Dans cette optique, le programme de Métamorphose Culturelle par la Démocratie Participative prend appuis sur un autre programme (FRAPNA-GIET) déjà en cours.

L’Observatoire associatif de l’effet des politiques publiques sur la biodiversité : une initiative pilote pour initier ce renouveau

Ce programme est une commande du Conseil Régional Rhône-Alpes, réalisée par la FRAPNA5 et le GIET6. Il est constitué de deux parties, l’une, relativement classique, est un outil d’évaluation des politiques publiques sur la biodiversité en Rhône-Alpes, l’autre, quant à elle, traite du concept de biodiversité et de ses implications quant à l’ontologie, « l’être-au-monde ».

Si la biodiversité est conçue comme classiquement7, introduire le Lapin en Australie ou produire des OGM augmente la biodiversité. Cette conception classique (en dehors des difficultés que comportent les termes d’espèces, gènes et habitat) est un outil de description d’un état naturel non perturbé. Il cesse d’être adéquat dès qu’on entre dans le domaine de l’action.

Dans le programme « observatoire associatif de l'effet des politiques publiques sur la biodiversité », la biodiversité est conçue comme l’expression du fonctionnement d’un système dynamique des êtres vivants en interactions : la biogée8.

Chaque composant de cette biogée contribue (plus ou moins) à sa dynamique. L'état et même l'existence de ces éléments, dépend de l’état de la biogée. L’espèce humaine faisant partie de cette biogée, elle en est tributaire pour son état et son maintien sur terre.

Comme les altérations apportées par l’Homme à ce système sont manifestes et que nous sommes dans l’incapacité de prédire le seuil de l’irréversibilité concernant notre propre survie, un changement de notre être (ontos), un changement de culture, de paradigme global, s’impose.

Notamment, dans l’immédiat, la hiérarchie des valeurs doit être renversée (ce qui représente un changement sociétal considérable) : jusqu’à présent, l’Homme, schématiquement, recherchait son « confort », la satisfaction de ses désirs, dans un contexte restrictif et créatif social. La nature, même encore actuellement, reste un objet9 considéré à partir de cet espace social et même socio-économique. On en est même à donner une valeur marchande aux espèces, aux milieux et aux gènes, pour pouvoir mieux les « protéger » dans ce cadre conceptuel global qui exige cela pour leur accorder une pertinence.

Maintenant, face à l’enjeu évidemment prioritaire que représente la survie de l’espèce humaine, le socio-économique perd sa prééminence hiérarchique au profit de l’écologie, au sens précédemment évoqué.

Les implications philosophiques sont considérables et le travail de la FRAPNA et du GIET s’attache à en dégager les grandes lignes.

Il s’agit aussi d’un changement très profond de la conception de l’être (métamorphose culturelle selon Edgar Morin), qui ne saurait être imposé, ni même proposé comme un prêt-à-porter.

Partant de la base du programme « L’Observatoire associatif de l’effet des politiques publiques sur la biodiversité », un second programme est donc proposé, comme atelier expérimental de nouvelle démocratie participative.

Le programme « Métamorphose Culturelle par la Démocratie Participative » (MCDP)

La métamorphose culturelle ne saurait être programmée par quiconque. Le paradigme global actuellement dominant dans le monde doit être déconstruit autant que faire se peut, pour laisser émerger un autre paradigme, ISSU des activités de l’ensemble de la société.

Le projet MCDP ne vise donc pas à proposer un autre mode de (se) penser, mais bien plutôt à servir d’étincelle à une remise en réflexion globale du paradigme dominant par la société.

Pour ce faire :

a) les technosciences étant l’instrument de la destruction de la biogée et la trame principale de la civilisation occidentale, tout en restant nécessaire, des discussions auront lieu avec des scientifiques, avec les partenaires du projet plus particulièrement concernés par ce volet (Sciences et Démocratie, BEDE, PEUV, GIET, OGM Dangers notamment). Nous sommes déjà, avec le programme « Observatoire... », en lien avec un large panel de scientifiques de l’université de Lyon.

Les résultats de ces échanges seront rendus publics sous une forme à déterminer. Les échanges se poursuivront ensuite directement avec les « citoyens » et les « politiques », la règle étant que les scientifiques et les politiques devront écouter, échanger, mais non pas justifier leur pratique. En effet, jusqu'à présent, les échanges avec les citoyens consiste essentiellement tant pour les politiques que pour les scientifiques, à venir expliquer pourquoi ils ont raison. Un animateur interviendra pour empêcher toute tentative de ce type.

b) nouvelle démocratie participative à proprement parler : il ne s’agit pas de consulter des citoyens sur un sujet pour prendre connaissance de leurs revendications mais d’une tout autre forme de démocratie participative.

Le but est de faire réfléchir des citoyens sur leur « être-au-monde » face à la crise écologique majeure actuelle. Bien entendu, il ne saurait être question d’organiser des réunions publiques sur ce thème ex abrupto. Il faut donc le préparer, sans pour autant conditionner le public.

Lors d’un évènement de lancement au siège du Conseil Régional Rhône-Alpes ou à la Villa Gillet de Lyon10, si cela est possible les objectifs du projet seront présentés aux acteurs engagés de la vie civile qui auront répondu à l’invitation (associations, syndicats, organisations artistiques…).

Au cours de cet événement, des ateliers se réuniront, où les participants proposeront des modes de travail à mettre en œuvre. Il sera suggéré l’organisation par les participants, de petites réunions type « café philo » avec retours sous forme libre. Une expérience de ce type est en cours en Ile-de-France (programme QSEC11), le but étant d’essaimer et de provoquer une réflexion de fond qui ne se limite pas à un événement ni une région.

Dans tous les cas, les résultats des discussions avec les scientifiques seront diffusés dans les groupes.

c) la croissance technoscientifique est de type exponentielle12 et nous sommes dans la partie quasi verticale de la courbe. Or, on ne va pas à l'infini dans un monde fini. Une rupture est inévitable, elle va se produire ou est en train de se produire.

Loin d'être catastrophique, cette rupture annonce le moment le plus passionnant de l'histoire humaine. Répondre à ce fantastique défi nécessite plus d'intelligence, de solidarité, d'humanité qu'il n'en a jamais été nécessaire.

Par contre, un risque existe, qui ruinerait tout espoir de réussite: l'émergence d'une violence réactionnelle à la transitoire perte d'être, violence « bestiale », sans objet autre que de tenter d'affirmer un « être au monde » chancelant.

La prévention de la violence constitue donc une priorité. Dans ce programme basé sur la démocratie participative, cette préoccupation tiendra une place centrale. Pour ce faire, nous nous sommes alliés avec une troupe de théâtre participatif, le Lien Théâtre, et à des associations ayant une longue expérience de ce thème (Gandhi International, MAN...).

Le Lien Théâtre sera impliqué à toutes les étapes du programme. Lors du lancement, en mars ou avril 2011, un événement théâtral fera partie des rencontres, s'appuyant sur l'expérience de la troupe et son travail de plusieurs années avec des criminels en univers carcéral.

Un autre événement théâtral se tiendra lors d'un colloque, en juin 2011, organisé par Gandhi International13 dans la Drôme et de même, si cela est possible, en 2012 lors de la manifestation traditionnelle lyonnaise « Dialogues en Humanité »14. Les modalités précises d'interactions du Lien Théâtre et des associations de non-violence avec les groupes auto-organisés de citoyens concernés et les groupes scientifiques et politiques seront établies avec ces groupes, notamment lors de l'événement de lancement et dépendra des financements obtenus.

  • 1. Nissim Amazallag (2010) La réforme du vrai. FPH Ed.
  • 2. Rachel Carson (1962). Silent spring, Houghton Mifflin ed.
  • 3. Avec Aldo Léopold, John Baird Callicott notamment
  • 4. Hans Jonas (1979) Le principe Responsabilité
  • 5. Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature (http://www.frapna.org)
  • 6. Groupe International d’Etudes Transdsciplinaires (http://giet-info.org)
  • 7. Diversité des espèces, des gènes, des habitats…
  • 8. Concept créé par le philosophe Michel Serre
  • 9. Au sens de la relation sujet-objet
  • 10. La décision dépend de Jean-Jack Queyranne, président du Conseil Régional Rhône-Alpes.
  • 11. http://www.qsec.fr
  • 12. Cf. les participations de Stéphanie Daydé et de Frédéric Jacquemart au colloque du GIET « Statut de la Science dans la Société contemporaine ». http://www.giet-info.org/articles.php?lng=fr&pg=90
  • 13. http://www.gandhi2012.org/
  • 14. http://dialoguesenhumanite.free.fr/